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Dossier | Herbe magique, objet fétiche, porte bonheur : Les footballeurs ne sont pas une exception !

Un geste habituel de l’ivoirien Kolo Toure en jaune

Comme toute activité où le succès tient, dans une mesure plus ou moins large, aux caprices de dame chance, le football ne passe pas à côté des superstitions.

Par définition, la superstition est un comportement irrationnel vis-à-vis du sacré qui consiste à croire que certains actes, certains signes entraînent mystérieusement des conséquences bonnes ou mauvaises.

Aussi d’après Jean Cocteau « La superstition est l’art de se mettre en règle avec les coïncidences.» 

On pense par exemple au rituel commun à de nombreux footballeurs qui consiste à utiliser les mêmes sous-vêtements.

“Je n’ai rien à craindre du mauvais sort car je porte toujours mes sous-vêtements à l’envers.” Qui d’autre qu’un footballeur pourrait tenir de tels propos ? Dans n’importe quel autre domaine, ce genre de déclaration prêterait à sourire, pour ne pas dire davantage.

Pourtant, la foi du technicien togolais Ayivi  Ekouevi en ses sous-vêtements ou en ses chemises blanches est une chose relativement commune chez les footballeurs.

En effet, si le football, le sport le plus populaire  a beaucoup progressé ces dernières années, ses principaux acteurs restent extrêmement attachés à certaines  traditions et aux superstitions.

Le français Laurent Blanc embrassant le crâne chauve de son gardien Fabien Barthez.

Plus loin de nous, impossible d’oublier un certain rituel qui aurait peut-être  contribué à la fameuse victoire de l’équipe de France en 98. Avant chaque match, Laurent Blanc embrassait le crâne chauve de Fabien Barthez. Un geste symbolique mais dont le flambeau n’a pas été repris. Une chose est sûre, une compétition se gagne grâce à des talents individuels et au talent collectif.

Au Togo, la superstition reste encore un sujet tabou dans les championnats nationaux. Joueurs, entraineurs, journalistes sportifs, bref les observateurs du sport roi ont toujours du mal à en parler.

 Bien entendu, certaines superstitions sont plus agréables que d’autres. Les gestes diffèrent d’un footballeur à un autre.

Dans le cadre de la réalisation de ce dossier, certaines langues se sont déliées.

Ayivi Ekouevi, ancien entraîneur de l’As Togo Port, rencontré un dimanche après midi au stade du 27 Avril de Djifa Kpota

Nous jouons mais nous avons de petits secrets

Qu’il s’agisse de rituels, de religions, d’astrologie ou de sciences occultes, joueurs, entraîneurs et supporters ont tous leurs petits secrets.

“Après le premier match on a pas été efficace devant le but, mais Dieu merci aujourd’hui on a marqué trois buts. Nous avons un petit secret et  on ne peut pas dire ça ici”, nous confiait un sourire aux lèvres le jeune joueur malien Mohamed Haïdara aux 8èmes Jeux de la Francophonie à Abidjan en 2017. C’était après un match qui a opposé son équipe à celle du Niger.

Ayivi Ekouevi, est un technicien  togolais. Aujourd’hui il est entraîne Asko de Kara, un club de première division. Rencontré, l’ancien entraîneur de l’As Togo Port nous explique comment il croit en ses vêtements qu’il porte le jour du match.

“Mes chemises blanches sont des chemises portes  bonheurs. J’aime porter les slips blancs. Ça me porte bonheur. C’est ma croyance aussi. Je crois qu’en portant le blanc ça va me porter chance et je continue par porter le blanc”, nous racontait-il.

Stéphane Attigossou, Journaliste Sportif au Togo, ancien joueur de football

Chez les journalistes, le constat selon lequel la superstition existe bel et bien dans le football togolais est le même.
Stéphane Attigossou, journaliste sportif et promoteur d’un tournoi de football des jeunes témoigne  :  “Très sincèrement la superstition n’a pas encore quitté l’Afrique. Nous sommes de plein pied dedans même si les religions disent qu’il faut juste croire en Christ et en Dieu. Il faut dire quand même que beaucoup de joueurs restent très attachés aux valeurs africaines. Pour jouer un match, on ne se lève pas comme ça pour y aller. Il faut se préparer physiquement et surtout spirituellement. J’en connais plein qui avant d’aller jouer un match de football doivent aller consulter leurs prêtres ou leurs marabouts. Des fois vous apprenez même que des buts ont été acheté et puis voilà, le marabout dit clairement l’heure à laquelle le joueur doit marquer le but. S’il a beaucoup d’argent, il peut acheter deux buts. Curieusement vous vous rendez compte qu’il a effectivement marqué ces deux buts aux heures indiquées. C’est des choses qui existent. C’est vrai aussi que ce n’est pas réaliste à 100 %. Ce n’est pas toutes les fois mais les joueurs restent attachés à cela. Bien entendu, certaines superstitions sont plus agréables que d’autres. Les gestes diffèrent d’un individu à un autre.
Parfois tu entend que c’est à zéro heure que des attaquants d’une équipe sont allés dans un cimetière. Moi même j’ai été victime de ça une fois. C’est vrai moi je n’y étais pas mais quand même les dirigeants m’ont remis un paquet dans lequel il y avait du sable. Pour moi c’était du sable. Il était question de pourvoir asperger ce sable dans le but adverse pour pouvoir ouvrir le but comme on le dit dans notre jargon.
C’est ainsi que sur une action j’avais le petit paquet contenant le sable en question que je l’ai jeté dans les filets adverses. Le gardien l’a vu, et  a réagit. Le match a été arrêté, ils sont allés chercher le paquet avant de se rendre compte que ce n’était que du sable. Mais en réalité, il a fallu que le match se termine pour que moi même je me rende compte que ce ne sont que des décompositions de débris d’hommes. C’est pour vous dire que pour un simple match de football, on est capable de se rendre dans un cimetière pour ouvrir les tombeaux, puiser les décompositions d’hommes qui peuvent servir à faire quelques choses. Des fois c’est des os qui ne sont pas finis qui sont utilisés. C’est bien de choses. C’est pourquoi aujourd’hui nous devons reconnaitre que les joueurs ont beaucoup de faces cachées. Je ne peux pas vous dire combien de fois les joueurs mettent des herbes dans leurs chaussettes. Ce phénomène est devenu monnaies courantes. Il faut des fois mettre du sel. C’est beaucoup de choses. Pour quitter le campement pour rentrer dans le bus, ce n’est pas aussi aisé ce que Canal + et d’autres chaînes nous montrent. C’est à dire on voit des gens monter dans un véhicule mais ces joueurs  ont dû faire des rituels avant de prendre place dans le bus. Avant de renter dans un stade de football, c’est aussi beaucoup de choses. Les dispositions se prennent pour ne pas tomber dans le plan de l’adversaire ou faire en sorte que le piège tendu par l’adversaire ne soit pas exécuter. Dans les temps jadis, les joueurs allaient jusqu’à escalader les clôtures. Il y a bel et bien l’entrée mais on refuse  même avec la voiture de passer par l’endroit habituel qui donne accès au stade. On préfère escalader le mur. Je me rappelle du cas de Sémassi de Sokodé il n’y a pas très longtemps  avec des problèmes par ici par là. Je dirai que la superstition existe  encore dans notre football. Je pu dire que très sincèrement cela est loin de finir à voir tout se qui se passe, les joueurs sont trop attachés à ces choses”.

Jacques Pekemssi, Journaliste Sportif Togolais

Le talent individuel doit primer sur la superstition

“Sur d’autres continent aussi c’est presque la même chose. On a vu des joueurs sud-américains qui également ont presque les mêmes pratiques. On a vu d’autres choses qui se passent sur d’autres continents mais on se dit que peut être en Afrique on a envie de motiver encore plus parce qu’il y a quelqu’un derrière qui nous arrange les choses. Mais l’essentiel comme on le dit, quand un joueur ne se donne pas à fond et continue par faire de telles pratiques ça ne lui permets pas d’aller loin. Au moins il faut  travailler avant de se dire qu’il y a quelque chose dernière qui peut vous aider”, nous disait Jacques Pekemssi, un autre journaliste sportif togolais rencontré dans le cadre de la réalisation de ce dossier.

Alors pourquoi les joueurs sont-ils superstitieux ?

Selon certains spécialistes du football mondial, la superstition n’est pas de la bêtise. Elle est, au contraire, le produit de l’intelligence humaine. D’ailleurs,  son étymologie, est plus explicite et on s’aperçoit que ce mot signifie « surmonter », « se tenir au-dessus », « dominer ».

Mais surmonter quoi ? La réponse est toute simple : il s’agit de lutter contre notre anxiété face à tout ce que nous ne maîtrisons pas à en croire les spécialistes en développement personnel.

Pour eux, le  cerveau humain cherche une parade pour avoir l’impression de contrôler le hasard et l’incertitude liée à la  condition humaine.

Alors, plus les individus se trouvent dans des situations stressantes, plus ils ont tendance à devenir superstitieux. C’est notamment le cas des sportifs de haut niveau, nous confiait Dr Mathieu Aklassou, un Psychologue rencontré à Lomé.

Comment en finir avec la superstition ?

Deux éléments de réponses sont souvent donnés par des spécialistes. D’abord, il y en a qui pense qu’il faut commencer par prendre conscience que certains comportements sont uniquement dictés par des superstitions.

De ce fait, ils proposent qu’une petite introspection soit faite et l’attitude soit étudier quand les joueurs disputent un tournoi. Vous serez sans doute surpris du résultat ! Rassure t-ils.

Ensuite, il conseillent d’évaluer le  degré d’addiction des joueurs à leurs  superstitions. Certaines sont anodines : si jouer avec tel ou tel gri-gri donne une assurance  et aide à se sentir mieux, alors les joueurs doivent l’accepter avec bienveillance et lucidité.

Mais ces habitudes et autres traditions ont-elles vraiment un pouvoir ? Compte tenu de toutes les croyances, la logique voudrait que la plupart des superstitieux aillent au-delà de graves désillusions.

D’un autre côté, la superstition et le football n’ont jamais fait très bon ménage avec la logique. Alors promouvons les talents, rien que les talents.

Tom Sainfiet, ancien sélectionneur du Togo, toujours dans une chemise blanche sur le banc

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