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[On en parle]:La détection des jeunes footballeurs est une affaire sérieuse et complexe.

La détection des jeunes footballeurs est une affaire sérieuse et complexe. Il s’agirait même de « l’acte le plus important dans la formation d’élite». Eh bien par définition, détecter, c’est déceler l’existence de ce qui est caché, ce qui est enfoui. Aussi d’après Jean-Marc Guillou, « détecter un bon joueur, c’est d’une certaine manière découvrir un trésor.

Souvent galvaudé, le concept « détection du talent » véhicule de nombreuses connotations quelques fois excessives, issues pour la plupart, plus d’à priori, ou  de slogans, que d’une réelle réflexion préalable.

Au Togo, plusieurs initiatives privées de détection de talents ont vu le jour ces dernières années. On peut citer le tournoi “Made In Togo”, le tout premier tournoi de détection piloté par le journaliste Stéphane ATTIGOSSOU, le projet “Graine du Togo 2018” du technicien français Claude Le Roy,  le tournoi des jeunes organisé par l’équipementier “Sergio Sport”, le tournoi international des académies “TIA Foot”, organisé par le Centre Swalows,  le tournoi sport FM “Version Centres de Formations” etc  qui ont été diversement appréciés.

En formation, les spécialistes estiment que l’art ne réside pas à repérer les « meilleurs » jeunes joueurs mais ceux dont le potentiel paraît sans limite. Et c’est vrai.

Convaincu de la pertinence de ce constat, ces promoteurs  ont voulu  à travers leur projet,  dénicher tous les talents cachés  sur l’ensemble du territoire togolais afin d’aider le pays à disposer désormais d’une cartographie des meilleurs jeunes potentiellement doués pour la pratique du football de haut niveau.

En effet, il convient d’apporter une vigilance extrême à une prédiction de la réussite future d’un joueur se fondant principalement sur ses premières performances.

Le caractère non prédictible des résultats précoces dans la projection de la performance adulte est à considérer à sa juste mesure.

La difficulté à pronostiquer le potentiel de développement d’un joueur est grande et plus l’opération de détection est précoce, plus le risque de se tromper s’avère important.

Une détection ambitieuse et réfléchie a donc pour vocation d’accroître la probabilité de repérer les joueurs à fort potentiel.

C’est bien ce que ces promoteurs veulent expérimenter  avec le Togo et les togolais.

Regrouper les joueurs togolais de «  talent  » pendant une  période  est un facteur majeur de progression individuelle et collective.

En effet, les meilleurs potentiels qui vont interagir  entre eux pourront générer une auto-formation riche et efficace, c’est-à-dire que chaque jeune joueur  tire profit des qualités des uns et des autres pour progresser.

Ce processus est valorisé et magnifié par le fait que le joueur de «  talent  » s’inscrit naturellement dans un désir d’auto-développement très élevé. Au mali le technicien togolais des Aiglons Jonas Kokou Komlan l’a expérimenté et a eu de bons résultats.

Le « talent » est une notion qui s’est progressivement démocratisée voire « vulgarisée » avec la médiatisation du football.

Nombreux sont les acteurs du  sport roi (entraîneurs, recruteurs, agents de joueurs, journalistes sportifs…etc) recherchant le joueur de « talent » aussi appelé “perle rare”, “phénomène”, “top-joueur”… mais très peu de ces acteurs ont finalement pris le soin de définir au préalable le « talent ».

La démarche est périlleuse mais indispensable car si l’on ne sait pas ce que l’on recherche, le risque d’erreur s’accroît inévitablement. Le « talent » peut être défini comme « la capacité à donner du sens à son action en situation de compétition ».

Autrement dit, « le joueur talentueux est celui qui saura prendre de bonnes décisions et donner du sens à ce qui est en train de se produire sous ses yeux ».

L’œil des observateurs doit donc se porter sur la capacité du joueur à créer ce sens, sur son intelligence de jeu en situation, qualité première dont un footballeur doit disposer. Cette définition sous-entend que le « talent » n’est pas quelque chose de figé, de déterminé mais qu’il s’agit d’un élément dynamique susceptible d’évoluer dans le temps.

La répartition des mois de naissance des joueurs est l’un des reflets de l’incohérence du monde du football. Selon les données d’Eurostat, « les naissances se répartissent en Europe équitablement sur l’arc d’une année.

En d’autres termes, il n’y a pas plus de personnes qui naissent un jour ou un mois plutôt qu’un autre. Dans la mesure où il n’y a pas de raison objective pour que la date de naissance influence le talent d’une personne dans une activité donnée, il serait légitime de s’attendre à ce que le nombre de joueurs de football professionnels soit le même indépendamment de la période de l’année où il a vu le jour. Or, il n’en est rien. […]

Les footballeurs nés lors des trois premiers mois de l’année représentent 30,5% du total, alors que les joueurs nés entre octobre et décembre ne représentent que 19,3% des effectifs » selon des données publiées par Eurosat.

Ces données sont encore plus marquées au sein des centres de formation où les jeunes pensionnaires nés entre le 1er janvier et le 1er juillet représentent 80% des effectifs. Les pôles espoirs, les sélections régionales et nationales jeunes  présentent des chiffres sensiblement similaires, directement liés au fait que les qualités physiques des joueurs sont le critère de recrutement numéro un des observateurs de clubs ou autres cadres techniques fédéraux.

Les enfants nés au cours du second semestre ayant, en général, une croissance et une maturité physique naturellement plus tardive, ils ne rentrent pas dans les critères de sélection (morphologie, puissance…) et passent injustement au travers des mailles du filet. Le constat est amer pour certains jeunes footballeurs pourtant talentueux… mais pas encore assez performants !

Bien que l’approche des vastes problèmes posés par la détection des talents ait beaucoup évolué,  en France par exemple certaines fédérations continuent de l’aborder avec une grande naïveté, fondant leurs démarches quelque fois sur de simples opérations ponctuelles ou, dans le meilleur des cas, sur un modèle souvent déterministe dont l’efficacité, lorsqu’elle est contrôlée, est loin d’être probante.

A l’opposé, au nom de la sacro-sainte liberté de choix et probablement à cause de la confusion que l’on peut souvent souligner entre les concepts « talent » et « don », d’aucuns rejettent en bloc l’idée même d’une détection des jeunes « talents ».

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